Et si une partie de nos impôts augmentait… sans vote, sans réforme fiscale et presque sans débat public ? Derrière la hausse spectaculaire de l’immobilier, des actions ou de certains actifs se cache un mécanisme rarement évoqué : la politique monétaire peut gonfler mécaniquement l’assiette fiscale. Lorsque la monnaie se dilue, les prix montent — et l’État taxe ensuite ces hausses comme des gains réels. Une mécanique discrète, mais puissante, au cœur de la relation entre banque centrale, patrimoine et fiscalité.
On parle souvent d’impôts visibles. Beaucoup moins d’un phénomène plus discret : la manière dont la politique monétaire gonfle mécaniquement l’assiette fiscale.
Depuis deux décennies, la masse monétaire et les bilans des banques centrales ont explosé. La Banque nationale suisse ne fait pas exception : son bilan est passé d’environ 100 milliards de francs au début des années 2000 à près de 900 milliards en 2022, un niveau inédit dans l’histoire du pays.
Le premier effet de cette expansion n’apparaît pas toujours immédiatement dans l’indice des prix à la consommation. Il se manifeste d’abord dans le prix des actifs.
Entre le début des années 2000 et aujourd’hui :
• l’immobilier résidentiel suisse a plus que doublé dans de nombreuses régions
• l’or est passé d’environ 300 USD à plus de 5200 USD l’once
• les grands indices boursiers mondiaux ont été multipliés plusieurs fois en valeur nominale
Or notre fiscalité reste strictement nominale.
L’impôt sur la fortune taxe des valorisations gonflées par la liquidité. L’impôt sur les gains immobiliers frappe des plus-values qui proviennent parfois largement de la dépréciation monétaire plutôt que d’un enrichissement réel.
Comme le résumait l’économiste Friedrich Hayek :
« L’inflation est une forme d’imposition qui peut être levée sans législation. »
En d’autres termes, lorsque la monnaie se dilue, la valeur nominale des patrimoines augmente, et l’État prélève ensuite sa part sur cette augmentation.
Ce phénomène est rarement discuté pour une raison simple : il est techniquement diffus et politiquement discret. Pourtant, il pose une question fondamentale de justice fiscale.
Est-il cohérent de taxer comme un gain réel une hausse de valeur qui provient en grande partie de l’expansion monétaire ?
Dans plusieurs pays, ce débat existe déjà. Certains économistes proposent d’indexer les bases fiscales sur l’inflation pour éviter que l’impôt ne frappe des gains purement nominaux.
En Suisse, le sujet reste largement absent du débat public.
Pourtant, derrière la relation entre banque centrale, inflation des actifs et fiscalité, se cache peut-être l’un des impôts les moins visibles — mais aussi l’un des plus puissants — de notre système économique.
Tant que nous continuerons à mesurer la richesse dans une monnaie qui se dilue, l’État taxera inévitablement des gains qui n’existent parfois que sur le papier.