Martin Pfister : la défense suisse livrée au bricolage budgétaire et au reniement politique

Il y a des décisions qui engagent un pays pour une génération — et d’autres qui le trahissent en silence. En quelques semaines à peine, un conseiller fédéral jusque-là inconnu du grand public a réussi l’exploit de cumuler hausse massive d’impôts, contournement assumé du frein à l’endettement et alignement stratégique sans débat démocratique, le tout au nom d’une « défense » jamais clairement définie. Derrière le vernis sécuritaire, c’est un basculement lourd de conséquences pour la souveraineté, la neutralité et la crédibilité institutionnelle de la Suisse qui se joue. Voici pourquoi cette opération budgétaire est tout sauf anodine — et pourquoi elle doit être déconstruite point par point.

 

L’éditorial de l’AGEFI du 29 janvier 2026 ne se contente pas de relever une incohérence budgétaire. Il révèle, presque malgré lui, un problème bien plus grave : l’arrivée au cœur du système de défense suisse d’un conseiller fédéral sans ancrage stratégique, sans vision militaire et manifestement sans respect pour les garde-fous institutionnels qui fondent la crédibilité de la Confédération.

Car la première grande mesure portée par Martin Pfister, parfait inconnu du grand public avant son élection et parachuté à la tête du DDPS, n’est ni une doctrine de défense, ni une réforme de l’armée de milice, ni un plan de renforcement de l’autonomie stratégique. C’est un montage financier opaque, digne des pires réflexes technocratiques européens.

Une hausse d’impôt comme aveu d’échec politique

Le chiffre est brutal : +0,8 point de TVA dès 2028, soit environ 30 milliards de francs sur dix ans prélevés directement sur la population. Une TVA qui frappe indistinctement les ménages, les familles, les PME, la consommation de base. Autrement dit : l’impôt le plus régressif pour financer un département censé incarner la protection du pays.

Et l’aveu est encore plus glaçant. Martin Pfister reconnaît lui-même que toutes les options examinées étaient des hausses de recettes. Aucune réforme structurelle. Aucune priorisation. Aucune remise en question des dépenses existantes. Le message est limpide : l’appareil fédéral est intouchable, le citoyen est la variable d’ajustement.

Le fonds hors bilan : le sabotage du frein à l’endettement

Mais le plus grave n’est pas la TVA. C’est le fonds spécial hors budget, destiné à absorber les deux tiers des recettes, soit environ 2 milliards par an, avec une capacité d’emprunt pouvant atteindre 6 milliards par an, hors du cadre du frein à l’endettement.

Ce mécanisme n’est pas un détail technique. C’est une rupture institutionnelle majeure. Car le frein à l’endettement n’est pas une règle comptable : c’est un contrat de confiance entre la Confédération et le peuple suisse, accepté en votation populaire.

Or, ironie suprême, le Conseil fédéral dénonçait encore le 20 janvier 2026 toute exception au frein à l’endettement, notamment par la voix d’Albert Rösti, en prenant l’armée comme exemple de dérive possible. Une semaine plus tard, Martin Pfister fait exactement ce qui était dénoncé. Ce n’est plus une incohérence : c’est un reniement.

Réarmer sans souveraineté : la dérive atlantiste

Ce bricolage financier s’inscrit dans une trajectoire politique claire : rapprochement de l’OTAN, dilution progressive de la neutralité, et démantèlement silencieux de l’armée de milice au profit d’une armée de projet, dépendante de standards, d’achats et de chaînes de commandement extérieures.

On ne renforce pas la défense suisse en la finançant par des artifices hors bilan. On ne protège pas la population en affaiblissant la discipline budgétaire. Et on ne parle pas de souveraineté en copiant les pires recettes de l’endettement européen.

Un chef du DDPS sans vision, mais avec la caisse

L’éditorial de l’AGEFI parle d’« aberration ». Le mot est juste, mais insuffisant. Ce que révèle ce dossier, c’est un chef de département qui commence par contourner les règles avant même d’avoir défini une stratégie, qui augmente les impôts avant d’avoir réformé l’outil militaire, et qui affaiblit les fondements institutionnels suisses au nom d’une “sécurité” importée.

La défense nationale mérite mieux qu’un inconnu pressé de lever des taxes et de masquer la dette. Elle exige de la clarté, de la cohérence et du courage politique.

Conclusion

En voulant financer la défense par la TVA et par des fonds hors bilan, Martin Pfister ne renforce pas la sécurité de la Suisse : il fragilise sa souveraineté budgétaire, trahit l’esprit du frein à l’endettement et accélère l’alignement stratégique du pays sans débat démocratique. Une armée sans doctrine, financée par l’illusion comptable, n’est pas une armée forte. C’est le symptôme d’un pouvoir qui confond protection du pays et fuite en avant technocratique.