Fusion douanes–gardes-frontières : la fausse modernisation de la Confédération

On parle de modernisation confédérale. En réalité, c’est un basculement silencieux qui s’opère. Sous couvert de polyvalence et d’efficacité, la Confédération est en train de dissoudre des métiers d’expertise essentiels dans une mécanique administrative standardisée — sans vote populaire, sans véritable débat et sans mandat démocratique clair. La fusion douanes–gardes-frontières n’est pas un simple ajustement organisationnel : c’est une transformation profonde de la manière dont la Confédération exerce ses fonctions régaliennes. Et ses conséquences dépassent largement le cadre administratif.

On ne met pas des pneus toutes saisons sur une voiture de course sans perdre en efficacité.

Pourquoi l’accepterait-on pour la protection des frontières suisses ?

La fusion imposée entre douaniers et gardes-frontières, au sein du nouvel Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF), est présentée comme une modernisation nécessaire. En réalité, il s’agit d’une régression fonctionnelle, d’une déprofessionnalisation organisée et d’un alignement silencieux sur des standards étrangers, au détriment de l’efficacité, de la qualité et de la souveraineté suisse.

Entrée en vigueur le 1er janvier 2022, cette réforme a fusionné deux corps historiquement distincts, totalisant plus de 4 000 collaborateurs, aux formations, missions et cultures professionnelles profondément différentes. Une transformation structurelle majeure, engagée sans vote populaire, et sans débat public à la hauteur de ses conséquences sur les missions souveraines de la Confédération.

Deux métiers, deux missions, deux logiques

Le douanier est un spécialiste du droit, de l’économie et de la fraude commerciale.

Le garde-frontière est un professionnel de la sécurité, du contrôle des personnes et de l’intervention.

Ces deux métiers ne sont pas interchangeables. Ils reposent sur des compétences spécifiques, des logiques d’action distinctes et une expertise accumulée sur des années. Les fusionner sous le prétexte de la polyvalence revient à nier une évidence : le généralisme affaiblit l’expertise.

Un agent qui sait « un peu tout faire » finit par moins bien faire l’essentiel.

Le mythe dangereux de la polyvalence

L’administration fédérale vante la flexibilité. Mais la flexibilité n’est pas une qualité en soi.

Un pneu toutes saisons n’est jamais excellent : il freine moins bien en hiver et tient moins bien en été. Il en va de même pour les métiers qui relèvent des missions souveraines de la Confédération.

Dans la pratique, un agent appelé à contrôler des flux complexes — produits pharmaceutiques, métaux précieux, œuvres d’art, biens à double usage ou montages douaniers sophistiqués — ne peut maintenir le même niveau de maîtrise juridique, fiscale et économique qu’un douanier spécialisé ayant consacré des années à ces dossiers.

Inversement, un professionnel formé à la surveillance, à l’intervention et au contrôle des personnes voit son entraînement, sa disponibilité opérationnelle et sa vigilance sécuritaire amputés par des tâches administratives et logistiques qui ne relèvent pas de son cœur de métier.

En diluant les compétences, on affaiblit :

  • la détection des fraudes complexes,

  • la qualité des contrôles des marchandises,

  • la capacité d’analyse juridique,

  • et, paradoxalement, l’efficacité sécuritaire.

Cette réforme ne crée pas des professionnels plus performants, mais des agents standardisés, dépendants de procédures, de logiciels et d’algorithmes — là où le discernement humain et l’expérience de terrain restent irremplaçables.

Une réforme comptable, pas une réforme de sécurité

Derrière le discours de modernisation se cache une réalité plus prosaïque :

réduire les coûts, niveler les salaires et flexibiliser le personnel.

La fusion permet notamment :

  • de masquer des suppressions de postes,

  • de pousser à des reconversions forcées,

  • d’affaiblir les corps professionnels,

  • et de transformer des métiers d’expertise en fonctions administratives polyvalentes.

Toute réforme qui élargit les périmètres de compétence sans augmentation proportionnelle des effectifs, de la formation et du temps disponible produit mécaniquement l’effet inverse de celui annoncé : moins de maîtrise, plus de procédures, plus de dépendance technologique.

Ce n’est pas une réforme de sécurité.

C’est une réforme budgétaire.

Un alignement silencieux sur les pratiques de l’Union européenne

Ce point est rarement assumé publiquement, mais il est central.

La fusion douanes–sécurité des frontières rapproche structurellement la Suisse des modèles en vigueur dans l’Union européenne, où les fonctions douanières sont intégrées à des dispositifs policiers et supranationaux.

Il ne s’agit pas ici de prêter des intentions politiques, mais de constater une convergence institutionnelle. Lorsque les architectures administratives deviennent similaires, l’interopérabilité devient un fait technique avant de devenir un fait politique.

Cette transformation facilite :

  • l’alignement sur les standards Schengen,

  • l’interconnexion des systèmes d’information,

  • la normalisation des pratiques de contrôle,

  • et, à terme, la perte d’autonomie décisionnelle.

Autrement dit, la Suisse s’aligne sans voter, sans débat démocratique et sans mandat populaire.

Une atteinte à la souveraineté et au contrôle démocratique

Un État souverain se reconnaît à la maîtrise de ses frontières, mais aussi à la qualité de ses institutions.

En imposant cette réforme de manière technocratique, l’administration fédérale court-circuite le débat politique, marginalise le personnel de terrain et affaiblit le rôle du Parlement.

Le pouvoir glisse insidieusement :

  • de l’élu vers l’administration,

  • de l’expertise vers la procédure,

  • de la souveraineté vers l’alignement.

Moderniser ne signifie pas dégrader

Personne ne conteste la nécessité d’adapter la Confédération aux défis contemporains.

Mais moderniser ne signifie pas détruire les métiers, niveler les compétences ou affaiblir la qualité au nom de la flexibilité.

La Suisse n’a jamais été forte par le généralisme administratif, mais par :

  • la précision,

  • la spécialisation,

  • la responsabilité,

  • et le professionnalisme de ses institutions.

Parce que la Confédération helvétique est fondée sur l’État de droit et la démocratie directe, les réformes touchant aux fonctions fondamentales de la Confédération devraient renforcer l’expertise, non la dissoudre.

À force de vouloir tout fusionner, tout standardiser et tout aligner, on finit par perdre l’essentiel : l’excellence, la souveraineté et la confiance.

Un appel clair aux parlementaires : reprendre la main démocratique

Face à une réforme de cette ampleur, le silence parlementaire n’est pas une neutralité : il devient une abdication.

Les élus fédéraux disposent non seulement du droit, mais du devoir, de se saisir immédiatement de ce dossier. Le contrôle de l’organisation des missions souveraines de la Confédération — sécurité des frontières, douanes, souveraineté territoriale — ne peut être abandonné à une mécanique administrative autonome, autoréférentielle et de plus en plus opaque.

Il est temps que le Parlement exerce pleinement :

  • son droit de regard sur les effets réels de la fusion douanes–gardes-frontières,

  • son pouvoir d’évaluation des impacts opérationnels, sécuritaires et humains,

  • et son rôle constitutionnel de contrepoids face à une administration fédérale qui tend à s’auto-réformer sans mandat politique explicite.

À défaut, un précédent dangereux s’installe :

celui d’une administration qui redéfinit seule les missions de la Confédération, les métiers fondamentaux souverains

et les équilibres de souveraineté — sans vote, sans débat, sans responsabilité politique claire.

La modernisation de la confédération ne peut se faire contre la démocratie directe, ni hors du contrôle parlementaire.

Lorsque la mécanique administrative devient incontrôlable, il appartient aux élus de tirer le frein d’urgence.

Le temps n’est plus à l’observation distante.

Il est à la mobilisation parlementaire, à la transparence et à la reprise en main démocratique d’un dossier qui engage directement la sécurité, la souveraineté et la crédibilité institutionnelle de la Suisse.

Ce que les médias taisent, nous l’analysons. Ce que Berne négocie, nous le décortiquons. Rejoignez maintenant notre QG sur Telegram: https://t.me/souverainetesuisse

🇨🇭 Sans financement, il n’y a pas de résistance. Soutenez Souveraineté Suisse maintenant :

https://souverainete-suisse.ch/faire-un-don/