Ce n’est pas un hasard si la tribune sur l’apprentissage, publiée suite à l’interpellation du Conseiller national Nicolas Kolly, a battu des records d’audience.
Quand un sujet touche juste, profondément, durablement, l’opinion répond.
Car l’apprentissage n’est pas un thème secondaire.
C’est le cœur nucléaire du modèle suisse.
Et ce cœur est aujourd’hui attaqué — lentement, méthodiquement, idéologiquement.
Une orientation de plus en plus précoce… et de plus en plus biaisée
On demande aujourd’hui à des enfants de 12 ou 13 ans de « choisir leur avenir ».
Dans les faits, ce ne sont pas les enfants qui choisissent — ce sont les parents, sous pression sociale.
Le gymnase est devenu un marqueur de statut.
L’apprentissage, une voie par défaut.
Le métier manuel, un aveu d’échec.
Autrefois, l’orientation reposait sur des critères objectifs : résultats scolaires, aptitudes, potentiel réel.
Il n’y avait aucune honte à ne pas suivre des études supérieures, parce que les métiers manuels offraient un avenir concret, une motivation claire, une reconnaissance sociale.
Aujourd’hui, on refuse de trancher.
On ne veut plus frustrer.
On ne veut plus contrarier.
Mais une société qui refuse de hiérarchiser fabrique de l’échec différé.
La grande illusion académique
Les chiffres sont pourtant clairs.
La Suisse affiche l’un des taux de chômage des jeunes les plus bas d’Europe (environ 6–7 %), précisément grâce à son système de formation duale.
À l’inverse, les pays qui ont sacrifié l’apprentissage — France, Espagne, Italie — oscillent durablement entre 15 et 25 % de chômage des jeunes.
Et pourtant, on reproduit le même scénario :
- inflation de diplômes,
- filières universitaires « socialisantes » sans débouchés réels,
- diplômés surqualifiés… mais sous-employés.
On fabrique des cohortes de jeunes brillants sur le papier,
mais déconnectés du travail réel, dépendants, précaires, encore chez leurs parents à 25 ans — sans autonomie, sans capital, sans métier.
Le grand mépris des métiers manuels
Un métier manuel bien exercé permet :
- l’indépendance économique,
- la création d’entreprise,
- la transmission d’un savoir,
- une résilience forte face aux crises.
À l’inverse, combien de professions tertiaires seront broyées ou profondément reconfigurées par l’IA dans les dix prochaines années ?
Et pourtant, le message dominant reste absurde :
« Deviens avocat, informaticien, consultant… ou tu n’es rien. »
C’est faux.
C’est dangereux.
C’est antisocial.
Un bon artisan peut devenir indépendant.
Un salarié tertiaire sans compétences concrètes devient interchangeable.
Les entreprises décrochent — et on refuse de voir pourquoi
On accuse souvent les patrons.
La réalité est plus inconfortable.
Oui, il existe des abus. Comme partout.
Mais ils sont minoritaires.
En revanche :
- les contraintes administratives explosent,
- la judiciarisation de la relation de travail progresse,
- le rapport à l’autorité est délégitimé dès l’école.
De nombreux artisans n’ont plus envie d’engager des apprentis :
retards répétés, absentéisme pour un rhume, refus de l’effort, posture victimaire permanente.
Mettez-vous à la place d’un indépendant qui se bat pour la survie de son entreprise, qu’il a construite à la force de ses bras.
Former un apprenti est devenu un risque, plus un investissement.
Le vrai angle mort : la responsabilité des parents
C’est le sujet que personne n’ose aborder.
Pourtant, la vérité est simple :
⮕ la dévalorisation de l’apprentissage commence dans les familles.
Ce sont les parents qui transmettent :
- le respect,
- la valeur de l’effort,
- la compréhension de l’argent,
- le courage,
- l’idée que tout ne tombe pas du ciel.
Préparer ses enfants à l’avenir, ce n’est pas leur projeter le monde d’hier.
C’est les armer pour le monde réel qui les attend.
L’apprentissage n’est pas une impasse — c’est un tremplin
Il faut déconstruire un mensonge central :
⮕ l’apprentissage n’enferme pas. Il ouvre.
Le modèle suisse repose sur des passerelles uniques en Europe :
- CFC → maturité professionnelle,
- maturité pro → HES,
- maturité pro ou gymnasiale → université,
- formations continues, brevets, maîtrises, spécialisations.
L’apprentissage permet :
- d’apprendre un métier réel,
- de devenir autonome,
- puis d’élargir ses horizons académiques — par choix, pas par défaut.
Nicolas Kolly incarne ce modèle
Son interpellation du Conseil fédéral n’est pas idéologique.
Elle est biographique.
Issu d’une famille d’agriculteurs fribourgeois, Nicolas Kolly :
- redouble à l’école primaire,
- choisit un apprentissage de mécanicien sur machines agricoles,
- obtient son CFC à 19 ans,
- sert deux ans à la Garde suisse pontificale,
- reprend ensuite des études :
Aujourd’hui, il est :
- avocat,
- officier (capitaine) de l’armée,
- ancien juge d’instruction militaire,
- conseiller national.
⮕ Voilà ce que permet l’apprentissage.
UE et uniformisation : le danger silencieux
Le modèle suisse de formation duale est une exception européenne.
Il repose sur la subsidiarité, la proximité avec les entreprises, l’autonomie cantonale.
Entrer dans l’Union européenne, c’est mécaniquement :
- uniformiser,
- académiser,
- centraliser,
- bureaucratiser.
⮕ On peut réformer l’apprentissage en Suisse.
⮕ On ne peut pas le sauver à Bruxelles.
Conclusion
Le courage politique de Nicolas Kolly mérite d’être salué.
Il parle non pas en idéologue, mais en homme qui est passé par là.
La dévalorisation de l’apprentissage n’est pas une fatalité.
C’est une construction culturelle et idéologique.
Et ce qui a été construit peut être défait.
Mais à une condition :
cesser de flatter,
cesser de culpabiliser,
cesser de mentir à notre jeunesse.
L’apprentissage n’est pas un plan B.
C’est un tremplin.
Un socle.
Une voie d’excellence suisse.
Et il est encore temps de le défendre.
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