18 juin 2026
Dans son entretien accordé à L’AGEFI le 16 juin 2026, le directeur de la FINMA, Stefan Walter, a levé le voile sur la doctrine qui anime son autorité à la veille des débats parlementaires cruciaux d’août prochain. En service commandé pour obtenir une extension sans précédent de ses prérogatives — droit d’amende proportionnel, Senior Managers Regime, suppression de l’effet suspensif de ses décisions —, M. Walter a cru bon d’asséner un argument d’autorité qui mérite d’être rigoureusement déconstruit : « Plusieurs études démontrent que moins une autorité de surveillance est indépendante, plus le nombre de crises bancaires augmente. »
Cette affirmation, présentée comme un fait scientifique indiscutable, relève en réalité du contresens historique et du sophisme institutionnel. Elle feint d’ignorer la réalité helvétique pour importer une vision centralisatrice propre à la Banque centrale européenne (BCE), dont M. Walter est issu.
Le mirage d’un régulateur infaillible
Si l’indépendance absolue d’un régulateur était le rempart ultime contre les séismes financiers, comment expliquer le naufrage de notre place financière en mars 2023 ? La FINMA bénéficiait pourtant de l’indépendance la plus totale vis-à-vis du pouvoir politique et du Parlement. Cela ne l’a empêchée ni de tolérer la dérive criminelle de Credit Suisse, ni de rester aveugle face aux milliards volatilisés dans les affaires Greensill et Archegos. C’est précisément sous le règne de cette technocratie « indépendante » que la Suisse a dû mobiliser, via le droit d’urgence, plusieurs centaines de milliards de francs de garanties publiques pour éviter un effondrement systémique.
L’argument de Stefan Walter se heurte à une réalité empirique implacable : ce n’est pas le manque d’indépendance qui crée les crises, c’est l’absence de responsabilité démocratique et la capture réglementaire. Plus une agence administrative s’isole dans sa tour d’ivoire, coupée des réalités économiques du pays et alignée sur des standards transnationaux (Bâle, BRI) sur lesquels le citoyen n’a aucune prise, plus elle s’avère incapable d’anticiper la vitesse numérique des crises de confiance.
Une « indépendance » qui masque une insoumission constitutionnelle
Derrière le mot d’ordre d’« indépendance », M. Walter cherche en réalité à sanctuariser l’irresponsabilité de son institution. En réclamant la suppression de l’effet suspensif pour ses décisions, la FINMA ne demande rien de moins que le pouvoir de condamner, de liquider et de communiquer avant même que les voies de recours judiciaires ordinaires n’aient pu trancher. En transformant les intermédiaires financiers en agents de conformité perpétuelle, déplaçant le fardeau de la preuve sur le client, la FINMA altère profondément le contrat de confiance confédéral et le respect constitutionnel de la sphère privée (Art. 13 Cst.).
En Suisse, l’Assemblée fédérale est l’autorité suprême de la Confédération (Art. 148 Cst.), chargée de la haute surveillance (Art. 173 Cst.). L’idée selon laquelle le Parlement commet une « immixtion » illégitime lorsqu’il entend se prononcer sur les ordonnances et les circulaires de la FINMA est une anomalie démocratique. Une autorité qui s’arroge des compétences quasi-législatives sans le moindre mandat du Souverain — qui reste le Peuple et les Cantons — se place de facto en dehors de notre cadre constitutionnel.
Le véritable enjeu d’août 2026 : la refonte, pas l’extension
Le paquet « Too Big To Fail » et la future « Lex UBS » ne doivent pas servir de prétexte à la construction d’un État policier financier omnipotent et budgétivore. La fusion forcée d’UBS et de Credit Suisse a créé un monstre systémique dont le bilan dépasse deux fois le PIB suisse. Ce risque helvétique majeur ne sera pas neutralisé par les algorithmes d’intelligence artificielle de l’« Innovation Lab » de la FINMA, ni par des amendes administratives indexées sur la taille des établissements.
Il sera neutralisé par le retour à des principes helvétiques éprouvés :
- La responsabilité de marché,
- L’étanchéité stricte des risques des filiales de trading offshore,
- L’introduction d’un verrou constitutionnel interdisant les chèques en blanc étatiques sans l’aval du Souverain.
Les Commissions de l’économie (CER) doivent rejeter fermement la fuite en avant bureaucratique de Stefan Walter. La Suisse n’est pas condamnée à subir l’architecture centralisatrice de la FINMA ; de grandes démocraties comme le Royaume-Uni ou le Canada ont prouvé qu’un modèle de surveillance multipolaire, transparent et soumis au contrôle politique direct était parfaitement viable.
En août prochain, l’épreuve de vérité ne sera pas celle de l’indépendance de la FINMA, mais celle de la souveraineté du Parlement face à la finance organisée. Aucune autorité administrative ne se situe, et ne se situera jamais, au-dessus de la Constitution fédérale.