🇨🇭 Migros 24h/24 et viande de labo, ou le crépuscule de l’exception helvétique

L’annonce est tombée ce vendredi, presque banale sous ses airs de modernité technologique : Migros Suisse orientale s’apprête à lancer à Herisau son premier supermarché ouvert 24 heures sur 24. Après 19 heures, le personnel s’en va, les algorithmes prennent le relais, et les caméras de surveillance encadrent le client devenu son propre caissier.

Derrière la promesse publicitaire d’une « flexibilité totale » se cache pourtant une rupture idéologique majeure, un symptôme de plus de la dérive technocratique qui frappe le plus grand fleuron de notre commerce de détail.

Que reste-t-il de l’esprit de Gottlieb Duttweiler ?

Où est passée cette coopérative humaine, pensée pour et par le tissu social et agricole suisse ?

Elle s’est dissoute dans les tableurs Excel et les PowerPoint des consultants de McKinsey, remplacée par des magasins fantômes la nuit, et des bioréacteurs le jour.

L’ombre de McKinsey et d’Aleph Farms : quand les méthodes américaines et la mondialisation défigurent le « Géant Orange »

Ce projet de magasin robotisé “Teo” n’est pas né d’un élan spontané du terroir appenzellois. Il est le produit direct de l’infiltration massive des méthodes de management américaines au sein de la direction de la Fédération des coopératives Migros.

Depuis quelques années, sous couvert de « restructurations nécessaires » et de « gains d’efficience », le rouleau compresseur McKinsey dicte sa loi à Zurich. On supprime des milliers de postes, on vend les filiales historiques (Travel, SportX, Melectronics), et on installe à leur place une vision standardisée, calquée sur le modèle du capitalisme anglo-saxon.

Cette logique hors-sol ne se limite pas à automatiser nos points de vente : elle s’attaque désormais au contenu même de nos assiettes.

En parallèle de cette déshumanisation nocturne, Migros pousse activement l’implantation en Suisse de l’entreprise biotechnologique israélienne Aleph Farms pour produire de la viande de bœuf cultivée en laboratoire.

Finie l’alliance historique avec les paysans et les éleveurs de nos régions ; place aux éprouvettes, aux solutions nutritives et aux usines de culture cellulaire à Kemptthal.

L’introduction des supermarchés sans personnel et le financement de la viande synthétique s’inscrivent en droite ligne de cette même philosophie : éliminer le coût du travail humain, court-circuiter la nature, et habituer le citoyen à consommer des produits de synthèse à toute heure, comme s’il vivait dans une mégapole américaine ou asiatique.

Mais nous sommes en Suisse.

Le saviez-vous ? La loi fédérale sur le travail interdit formellement de réapprovisionner ces magasins la nuit ou le dimanche. Preuve absolue de l’absurdité de la démarche : la direction cherche à forcer un modèle de consommation 24h/24 dans un cadre légal et social suisse qui, fort heureusement, protège encore le repos dominical et nocturne.

Une triple agression : sociale, économique et identitaire

Cette américanisation et cette technicisation de notre quotidien ne se font pas sans dégâts.

Comme le souligne la Fédération syndicale Saint-Gall-Appenzell, cette fuite en avant vers le tout-connecté est un coup de massue porté à notre tissu local.

Les impacts de la dérive technocratique de Migros

Pour les petits commerçants : Une concurrence déloyale écrasante. Les boulangeries de quartier, les épiceries locales et les petites stations-services ne peuvent ni ne veulent s’aligner sur des infrastructures de surveillance à des coûts exorbitants.

Pour le monde agricole : Une trahison en règle. En investissant massivement dans la viande in vitro d’Aleph Farms, le distributeur prépare un avenir où les laboratoires remplaceront les pâturages, mettant en péril l’agriculture traditionnelle helvétique.

Pour la sécurité et le lien social : Une naïveté déroutante. Le magasin de village cesse d’être un lieu d’échange pour devenir un sas de transit froid, déshumanisé.

De plus, Migros semble ignorer les leçons de ses concurrents : à Zurich et dans les Grisons, Valora et Spar ont dû fermer leurs enseignes autonomes la nuit en raison de vagues d’agressions et de vols.

Résister à l’ubérisation de notre modèle

Vouloir acheter un steak de laboratoire à 3 heures du matin dans un automate d’Appenzell n’est pas un progrès. C’est un caprice de société de consommation exacerbée, poussé par des logiques managériales importées d’outre-Atlantique et des intérêts transnationaux.

La Suisse a bâti sa prospérité sur un équilibre subtil entre performance économique et paix sociale, sur la valorisation du travail humain et le respect du produit de la terre.

En cédant aux sirènes du tout-automatique et du synthétique dictés par des consultants et des start-ups étrangères, Migros ne modernise pas la Suisse : elle l’abîme.

Il est grand temps pour la base coopérative de se réveiller et de rappeler à ses dirigeants que le rôle du géant orange est de nourrir le lien social et l’économie réelle, pas de les dissoudre dans l’artificiel.

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