🇨🇭La République de Genève au défi de la probité : l’imposture d’un recrutement sous influence

La nomination de GrĂ©goire Barbey au poste stratĂ©gique de dĂ©lĂ©guĂ© au numĂ©rique de l’État de Genève, orchestrĂ©e par le DĂ©partement des institutions et du numĂ©rique (DIN) et sa cheffe Carole-Anne Kast, constitue bien plus qu’une simple anomalie administrative : c’est un signal d’alarme pour la sĂ©curitĂ©, la crĂ©dibilitĂ© et l’intĂ©gritĂ© de notre RĂ©publique.

Alors que les rĂ©vĂ©lations de la presse – notamment les investigations relayĂ©es par Blick et les analyses de Thibaud Mabut – lèvent le voile sur les zones d’ombre de ce dossier, le constat s’impose : rien ne justifie le maintien de cet engagement.

1. Une méthode de recrutement taillée sur mesure et au mépris des règles

Le calendrier de cette nomination porte en lui tous les stigmates d’un contournement des procédures habituelles :

  • Un timing cynique : L’offre d’emploi a Ă©tĂ© publiĂ©e le 23 dĂ©cembre 2025, en pleine trĂŞve des confiseurs, avec un dĂ©lai de postulation fixĂ© au 14 janvier 2026.
  • L’asphyxie de la concurrence : Moins de dix jours effectifs de travail pour candidater Ă  un poste de haute responsabilitĂ© (Classe 26, rĂ©munĂ©rĂ© entre 142’000 et plus de 190’000 francs par an). Tout a Ă©tĂ© fait pour dĂ©courager les talents qualifiĂ©s et restreindre le cercle des postulants, actant l’idĂ©e que le poste Ă©tait, en rĂ©alitĂ©, dĂ©jĂ  attribuĂ©.
  • Un calendrier ubuesque : Le poste Ă©tait vacant depuis le dĂ©part de son prĂ©dĂ©cesseur en mars 2026, mais l’exĂ©cutif a curieusement attendu la fin juin – au seuil des vacances estivales – pour annoncer un engagement effectif en septembre.

2. Une incompétence manifeste et un silence éloquent

Piloter la transition numérique d’un canton comme Genève à l’heure des cyberattaques massives, de l’intelligence artificielle et de la protection des données sensibles ne s’improvise pas. Pourtant, le profil retenu ne répond à aucun des critères de la fiche de poste :

  • Absence de formation adĂ©quate : Le poste exige un Master universitaire ou Ă©quivalent. Le candidat ne dispose ni du cursus ni des formations poussĂ©es requises dans le domaine informatique.
  • DĂ©ficit d’expĂ©rience : La fonction demande 3 Ă  5 ans d’expĂ©rience professionnelle de haut niveau dans le secteur public ou technologique.

Plus significatif encore, cette nomination n’est pas le fruit d’un examen approfondi des expertises disponibles. Rappelons qu’en aoĂ»t 2025, notre association avait adressĂ© Ă  M. Barbey, alors chef de rubrique numĂ©rique au Temps, une tribune dĂ©taillĂ©e sur les risques de la « tutelle invisible » et des architectures numĂ©riques Ă©trangères Ă  Genève. Cette contribution de fond, qui pointait prĂ©cisĂ©ment les enjeux que le dĂ©lĂ©guĂ© au numĂ©rique est censĂ© traiter aujourd’hui, est restĂ©e lettre morte. Ce silence, qui en dit long sur la vision stratĂ©gique de l’intĂ©ressĂ©, prĂ©figure l’opacitĂ© actuelle : nous avions alertĂ© sur la dĂ©pendance numĂ©rique il y a un an, le dĂ©partement de Carole-Anne Kast prĂ©fère aujourd’hui nommer ceux qui refusent de regarder les rĂ©alitĂ©s en face.

3. L’ombre d’une condamnation lourde et la question de l’Ă©thique publique

Le lourd passif judiciaire du nouveau délégué interpelle frontalement la déontologie du DIN. Condamné par le Tribunal fédéral en 2018 (arrêt 6B_77/2017) à une peine privative de liberté pour des faits graves de menaces qualifiées et de contrainte, le profil choisi heurte directement les valeurs de « respect, d’intégrité et d’impartialité » affichées par l’État.

Cette incohĂ©rence morale est d’autant plus frappante venant de la conseillère d’État Carole-Anne Kast. Si prompte Ă  Ă©riger la dĂ©fense des libertĂ©s individuelles en Ă©tendard – elle qui a obtenu en juillet 2026 la suspension par la justice genevoise de l’interdiction du burkini dans les piscines publiques, dĂ©nonçant une mesure « disproportionnĂ©e » – elle s’assoit curieusement sur ses principes lorsqu’il s’agit de valider l’engagement d’un profil lourdement condamnĂ© pour des violences graves et des actes de contrainte. Une cĂ©citĂ© idĂ©ologique qui rappelle l’avertissement cinglant que SouverainetĂ© Suisse lui avait adressĂ© au sujet de la gestion dĂ©sastreuse du G7, soldĂ©e par des dĂ©gâts Ă  la charge du contribuable et une perte commerciale de plusieurs centaines de millions de francs.

Dans le mĂŞme registre, le passif public de l’intĂ©ressĂ© interroge profondĂ©ment sur ses mĂ©thodes : Serge Michel et GrĂ©goire Barbey, en tant que journalistes, ont menĂ© une campagne de diffamation visant ChloĂ© Frammery – enseignante licenciĂ©e du DIP pour son opposition aux mesures sanitaires durant la crise du COVID-19 et pour ses rĂ©vĂ©lations sur le rĂ´le, l’immunitĂ© totale et les subventions scandaleuses de GAVI Ă  Genève – allant jusqu’Ă  la comparer Ă  Hitler. Cette campagne, menĂ©e dans le cadre de la plateforme subventionnĂ©e Heidi News, a pris une tournure troublante lorsqu’on dĂ©couvre que, suite au procès intentĂ© par Mme Frammery, les deux hommes ont Ă©tĂ© acquittĂ©s, obtenant en prime le remboursement de leurs frais d’avocat payĂ©s par… l’État de Genève, tandis que la plaignante a dĂ» assumer seule ses frais de justice. On ne peut s’empĂŞcher de voir dans cette nomination au DIN une forme de rĂ©compense institutionnelle pour services rendus, aux antipodes de la probitĂ© attendue d’un DĂ©lĂ©guĂ© au numĂ©rique.

Conclusion : l’action de SouverainetĂ© Suisse

Face Ă  cette indignation considĂ©rable qui gronde tant sur les rĂ©seaux sociaux qu’au sein de la population genevoise, SouverainetĂ© Suisse va formellement saisir le Conseil d’État et le dĂ©partement de Carole-Anne Kast pour exiger l’annulation pure et simple de cette nomination.

Si cet engagement devait ĂŞtre maintenu en dĂ©pit du bon sens et de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, notre association n’hĂ©sitera pas Ă  saisir la Cour des comptes pour faire toute la lumière sur les zones d’ombre de ce recrutement.

Confier la boussole numĂ©rique de l’État Ă  un profil dĂ©nuĂ© de bagage technique et lestĂ© d’un tel passif judiciaire n’est pas une erreur de casting, c’est une capitulation. Si Carole-Anne Kast considère que la rĂ©insertion d’un individu doit se faire aux frais et aux risques de la sĂ©curitĂ© numĂ©rique de tous les Genevois, elle se trompe de fonction. La RĂ©publique n’est pas un laboratoire pour la rĂ©demption personnelle de ses dirigeants, elle est le garant de la sĂ©curitĂ© et de la dignitĂ© de ses citoyens. Ă€ bon entendeur, le dossier est dĂ©sormais ouvert.

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