🇨🇭 Genève : faut-il être informaticien pour diriger le numérique de l’État ?

23 Juillet 2026

La nomination d’un journaliste à la tête de la Délégation au numérique du canton de Genève n’est pas seulement un problème d’adéquation de profil : c’est une menace directe pour notre souveraineté technologique. Entre posture médiatique, rédaction d’ouvrages opportunistes et refus d’affronter les vrais sujets de fond, retour sur une aberration administrative et politique.

C’est une décision qui illustre jusqu’à la caricature le mal dont souffre notre administration cantonale : la préférence pour le verbiage médiatique au détriment de l’expertise de terrain. Le 25 juin dernier, le Département des institutions et du numérique (DIN) officialisait la nomination de Grégoire Barbey au poste de Délégué au numérique de l’État de Genève.

Pour justifier ce choix, la communication officielle s’est empressée de vanter la publication de l’ouvrage Notre si précieuse intégrité numérique (2021). Mais de quoi parle-t-on réellement ? Un livre co-écrit avec l’avocat Alexis Roussel et publié sous le label des éditions Heidi news — le média même qui employait alors le candidat. Une opération de valorisation interne et de vernis intellectuel dont la contribution réelle du nouveau délégué soulève de sérieuses questions, tant le fond relevait d’abord de l’expertise juridique de son co-auteur.

La posture d’un chroniqueur face aux défis de la souveraineté

Gérer le numérique d’un État ne consiste pas à signer des essais ou à aligner des chroniques dans la presse. C’est un métier d’ingénieur, d’architecte système et de spécialiste des réseaux.

À l’heure où les collectivités publiques suisses font face à une vulnérabilité critique — dépendance absolue aux clouds américains soumis au Cloud Act, menaces de rançongiciels, externalisation massive des infrastructures d’État à des géants étrangers —, Genève avait besoin d’un bâtisseur et d’un technicien. Elle hérite d’un commentateur.

Comment un responsable sans moindre qualification en informatique ou en cybersécurité pourra-t-il négocier d’égal à égal avec les géants de la Tech, auditer des architectures informatiques complexes ou garantir l’étanchéité des données de nos citoyens face aux lois extraterritoriales ? Il en sera strictement incapable, réduit au rôle de VRP politique de décisions techniques qui lui échapperont totalement.

Le refus du débat sur les vrais enjeux : l’épisode du 11 août 2025

Cette incapacité à empoigner la véritable souveraineté numérique ne date pas de sa nomination. Elle était déjà flagrante dans son exercice journalistique.

Le 11 août 2025, en ma qualité de fondateur du mouvement citoyen Souveraineté Suisse, je lui adressais directement, alors qu’il était chef de la rubrique numérique du quotidien Le Temps, une proposition de tribune exclusive intitulée : « Genève, porte d’entrée d’une tutelle invisible sur la Suisse ».

Ce texte mettait en garde contre la pénétration discrète des architectures numériques et juridiques étrangères dans nos administrations publiques, l’emprise des cabinets de conseil globaux, l’utilisation de serveurs sous juridiction étrangère pour des données d’État stratégiques et le transfert de nos missions régaliennes à des groupes privés.

La réponse du chef de rubrique ? Un silence radio absolu.

Aucune réponse, aucun débat, pas la moindre ligne d’ouverture. Ce refus d’aborder la vulnérabilité réelle de Genève — qui héberge plus de 750 ONG et voit 35 % des données publiques traitées par des prestataires soumis à des lois étrangères — trahissait déjà une posture : esquiver la souveraineté opérationnelle pour lui préférer des concepts Inoffensivement théoriques.

Pour un retour au mérite et à la compétence technique

En nommant un journaliste dépourvu de formation technique à la tête de la stratégie numérique cantonale, le département piloté par la conseillère d’État Carole-Anne Kast commet une erreur stratégique lourde.

A-t-on déjà vu le Canton nommer un journaliste médical pour diriger les Hôpitaux Universitaires de Genève ? Aurait-on l’idée de confier la Direction du génie civil à un essayiste sous prétexte qu’il a écrit un billet sur l’urbanisme ? Évidemment que non. Mais dès qu’il s’agit du numérique — le système nerveux de notre République —, l’exigence de compétence s’efface devant la cooptation et la proximité des réseaux médiatico-politiques.

La souveraineté numérique de Genève n’a pas besoin de figures de communication. Elle exige une maîtrise technique, de l’indépendance et une intégrité sans faille. Il est urgent d’exiger un retour au mérite et d’imposer la compétence professionnelle comme préalable indispensable à la direction des affaires de l’État.

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