Dans un récent élan de communication dont les réseaux sociaux ont le secret, Christophe Clivaz, conseiller national (Les Verts) et universitaire, a cru bon de disqualifier d’un revers de manche l’« Initiative pour la Durabilité ». Le titre de son pamphlet donne le ton : « vernis vert pour une initiative xénophobe ».
Sous la plume d’un élu de la Berne fédérale et d’un enseignant à l’UNIL, on aurait pu espérer une analyse de fond, une hauteur de vue. Nous n’avons eu droit qu’à un festival d’esquives rhétoriques, de contradictions flagrantes et, plus grave encore, à une insulte indigne de sa fonction.
Il est temps de démonter, point par point, ce tissu de contradictions.
1. L’insulte comme substitut d’argument : le recadrage nécessaire
Commençons par ce qui disqualifie d’emblée la posture de Christophe Clivaz : l’usage du qualificatif « xénophobe ».
« Un simple vernis vert pour faire passer un texte xénophobe, hostile à l’UE et contraire aux droits humains ? »
Utiliser le terme de « xénophobie » (la haine ou la peur de l’étranger) pour qualifier un texte constitutionnel qui pose la question de la capacité de charge d’un écosystème est une faute politique et morale. C’est une insulte directe aux dizaines de milliers de citoyens suisses qui s’inquiètent, légitimement, du bétonnage de leur pays.
Monsieur Clivaz, réguler les flux migratoires en fonction des ressources disponibles, ce n’est pas haïr l’étranger ; c’est gérer un territoire. Associer la gestion démographique à de la xénophobie ou à une violation des droits humains est un procédé rhétorique usé, destiné à diaboliser l’adversaire pour éviter de débattre. Venant d’un conseiller national, ce glissement sémantique est indigne de la culture du consensus et du respect qui doit prévaloir dans nos institutions.
2. Le double discours sur la crise du logement et de la mobilité
Monsieur Clivaz tente ensuite de déplacer le débat en feignant de s’inquiéter du quotidien des Suisses :
« En quoi cette initiative résout-elle concrètement les crises du logement et de la mobilité qui touchent une partie de la population ? »
La réponse est pourtant d’une logique mathématique élémentaire, accessible même à un professeur d’université. Comment peut-on, d’un côté, déplorer la crise du logement et la saturation des infrastructures et, de l’autre, accepter aveuglément l’injection de 60 000 nouveaux habitants chaque année ?
On ne résout pas une fuite d’eau en achetant des serpillières plus chères ou en exigeant des « coopératives d’habitation ». Si la demande explose de manière continue sous l’effet d’une immigration massive, aucune politique de régulation des loyers ne pourra empêcher la pénurie et la hausse des prix. Prétendre le contraire est un mensonge économique.
3. Les épouvantails économiques d’un écologiste converti au néolibéralisme
Le plus savoureux — ou le plus tragique — reste la métamorphose de l’élu Vert en défenseur zélé de la croissance perpétuelle et du patronat :
« Stimulée par une fiscalité avantageuse, notre économie crée chaque année 60 000 nouveaux emplois, comblés essentiellement par une main-d’œuvre venue de l’UE… »
Depuis quand les Verts se félicitent-ils d’une surchauffe économique « stimulée par une fiscalité avantageuse » qui détruit nos paysages et sature nos vies ? Plus loin, Christophe Clivaz agite les menaces classiques des milieux d’affaires : pénurie de personnel, embouteillages frontaliers, financement de l’AVS.
C’est le monde à l’envers. Un écologiste nous explique sérieusement que nous devons maintenir une croissance démographique infinie pour payer les retraites et faire tourner la construction et le tourisme. C’est le principe même de la pyramide de Ponzi appliqué à la démographie. Importer indéfiniment de la main-d’Å“uvre pour soutenir les retraités d’aujourd’hui ne fait que créer une masse encore plus grande de retraités pour demain. Est-ce cela, l’écologie durable ?
4. Le refus dogmatique des limites chiffrées
Enfin, Christophe Clivaz touche au cœur de son propre déni :
« Si l’augmentation de la population ne me réjouit pas et que la démographie fait partie de l’équation écologique, fixer une limite chiffrée arbitraire est un non-sens. »
Admettre que la démographie fait partie de l’équation tout en refusant de fixer des limites est le propre du dogmatisme. L’écologie scientifique repose entièrement sur la notion de limites physiques : limites d’émissions de $CO_2$, limites de prélèvement d’eau, limites de biodiversité. Pourquoi la Suisse serait-elle le seul écosystème au monde capable de supporter une croissance infinie sans indicateur chiffré ? Ce qui est arbitraire, ce n’est pas de vouloir fixer un seuil ; c’est de décréter qu’il ne faut surtout pas y toucher.
En renvoyant le débat à de vagues concepts de « modes de production respectueux du vivant » et de « bâtir une société moins consumériste », Monsieur Clivaz noie le poisson. On peut vouloir « l’être plutôt que l’avoir » tout en constatant qu’un habitant de plus, qu’il soit minimaliste ou ultra-consommateur, a besoin de mètres carrés pour se loger, d’électricité pour vivre et de routes pour se déplacer.
Conclusion : l’écologie hors-sol
En qualifiant cette initiative de « xénophobe » et en défendant le statu quo d’une croissance débridée, Christophe Clivaz et une partie de la gauche se tirent une balle dans le pied. Ils abandonnent le bon sens environnemental au profit d’un moralisme hors-sol.
Non, Monsieur Clivaz, l’écologie ne consiste pas à gérer poliment le bétonnage de la Suisse en construisant des éco-quartiers pour absorber les flux d’une croissance sans fin. L’écologie, c’est le courage de regarder les limites physiques de notre pays en face. Votre tribune ne défend ni le climat, ni les droits humains : elle défend le confort intellectuel d’une élite déconnectée des réalités territoriales.
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