Cette tribune de Souveraineté Suisse s’appuie sur des informations détaillées transmises par des sources internes au processus de révision des prescriptions incendie, agissant en lanceurs d’alerte et disposant d’une connaissance directe des travaux en cours.
La Suisse a longtemps été le meilleur élève du monde en matière de protection incendie.
Un modèle reconnu, fondé sur la prévention, la redondance des systèmes, l’expertise technique et la responsabilité collective.
Aujourd’hui, ce modèle est méthodiquement démantelé.
Sous couvert de « modernisation », de « simplification » et d’« approche par le risque », la révision totale des prescriptions de protection incendie prépare en réalité un alignement discret mais profond sur la réglementation européenne, au bénéfice direct des assureurs, des banques et des fonds de pension, et au détriment de la sécurité des personnes.
Une volonté politique claire : construire moins cher, coûte que coûte
La logique de départ est assumée :
La sécurité suisse coûte trop cher. On peut se permettre d’en faire moins.
Ce raisonnement est un non-sens absolu.
Oui, la Suisse affiche une excellente sinistralité incendie.
Mais précisément parce que son niveau d’exigence est élevé.
Utiliser ce succès comme prétexte pour abaisser les standards revient à dire :
Puisqu’il n’y a pas d’accident, supprimons les ceintures de sécurité.
L’objectif réel n’est pas la sécurité, mais la réduction des coûts de construction — donc la maximisation du rendement immobilier.
Qui gagne ? Toujours les mêmes.
Les principaux propriétaires immobiliers en Suisse aujourd’hui ne sont plus des familles ni des PME, mais :
-
des assureurs,
-
des banques,
-
des fonds de pension.
Tous ont intérêt à des bâtiments moins chers à construire, avec :
-
moins de détection incendie,
-
moins de sprinklers,
-
moins de désenfumage,
-
moins d’exigences prescriptives claires.
Le risque ?
Il est transféré intégralement :
-
aux propriétaires personnes physiques,
-
aux exploitants,
-
aux locataires,
-
aux usagers.
Moins de prescriptions, moins de contrôles, plus de risques
Dans de nombreuses situations dites « simples » — logements, hôtels, établissements d’hébergement, commerces — les nouvelles prescriptions :
-
suppriment ou allègent fortement l’obligation de détection incendie,
-
réduisent les exigences de compartimentage (portes coupe-feu),
-
diminuent les systèmes de désenfumage,
-
suppriment des contrôles indépendants.
La responsabilité est désormais placée « en tête de gondole » sur le propriétaire, sans qu’il ait nécessairement les compétences techniques, ni l’accompagnement d’un spécialiste incendie.
C’est une prise de risque assumée, mais supportée par d’autres.
Une réforme pilotée hors du peuple et contre le fédéralisme
Rappelons les faits.
Le 20 septembre 2018, l’autorité instituée par l’Accord intercantonal sur l’élimination des entraves techniques au commerce (AIET) a confié à l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI) la révision complète des prescriptions.
Objectifs initiaux :
-
un document unique de 200 pages,
-
une approche réellement fondée sur le risque,
-
une entrée en vigueur au 1er janvier 2026,
-
un budget de 5 millions CHF.
Réalité en 2026 :
-
548 pages,
-
exigences prescriptives revues à la baisse,
-
alignement manifeste sur les normes européennes,
-
une approche « par le risque » inapplicable dans la majorité des cas en raison de sa complexité,
-
budget dépassé à 6 millions CHF,
-
entrée en vigueur repoussée à avril 2027.
Pire encore, ces prescriptions — qui ne sont pas une loi — sont présentées comme supra-cantonales, avec l’idée que :
« Cette fois, les cantons n’auront pas le choix. »
C’est une atteinte directe au fédéralisme suisse, à la souveraineté réglementaire des cantons, et au principe même de subsidiarité.
Copier ceux qui font pire : l’absurdité totale
Pourquoi la Suisse devrait-elle s’aligner sur des pays :
-
qui comptent davantage de morts par incendie,
-
une sinistralité plus élevée,
-
des normes moins exigeantes ?
L’exemple des établissements d’hébergement jusqu’à 15 personnes est édifiant.
En France, où les exigences sont faibles, plusieurs incendies mortels ont eu lieu en 2025 dans ce type de structures.
Et c’est précisément ce modèle que l’on nous propose d’importer.
Une standardisation autoritaire, sans place pour l’expertise
Dernier point, et non des moindres :
la volonté affichée de verrouiller toute interprétation professionnelle.
Lors des formations, le message est limpide :
« Vous devez tout dire comme nous. »
L’expert devient un récitant.
Le formateur devient un relais.
L’intelligence technique est remplacée par une doctrine figée.
Ce n’est pas de la sécurité.
C’est de la normalisation bureaucratique.
Le dernier rempart : la consultation politique
Il reste un garde-fou :
la consultation politique prévue à l’automne.
Mais l’inquiétude est immense.
Car si nos élus ne regardent que :
-
les économies à court terme,
-
la pression des acteurs financiers,
-
la simplification administrative,
alors la Suisse aura délibérément choisi de sacrifier la sécurité humaine sur l’autel du rendement immobilier.
La sécurité n’est pas une variable d’ajustement
La protection incendie n’est ni un luxe,
ni un frein économique,
ni une survivance du passé.
C’est une assurance collective, patiemment construite, qui sauve des vies précisément parce qu’on n’attend pas la catastrophe pour agir.
Renoncer à ce modèle, ce n’est pas moderniser la Suisse.
C’est l’appauvrir, l’exposer, et la banaliser.
Et cela, aucune économie de béton ne le justifiera jamais.
Ce que les médias taisent, nous l’analysons. Ce que Berne négocie, nous le décortiquons. Rejoignez maintenant notre QG sur Telegram: https://t.me/souverainetesuisse