Une tragédie de cette ampleur ne tolère ni zones grises ni récits approximatifs. Lorsqu’un drame fait des dizaines de morts, chaque minute, chaque mot et chaque décision antérieure deviennent des faits politiques et judiciaires à part entière. Or, dans le dossier de Crans-Montana, une série de coïncidences factuelles — une loi entrée en vigueur 90 minutes avant l’incendie, une clause de non-responsabilité de l’autorité, et la disparition inexpliquée du terme « explosion » d’une communication officielle — impose une seule exigence : celle de la transparence totale. Lire ce qui suit, ce n’est pas soupçonner. C’est refuser que le doute remplace la preuve
Nous n’écrivons pas pour alimenter des fantasmes.
Nous écrivons parce qu’un dossier impliquant près de 40 morts et des dizaines de brûlés ne survit pas à l’opacité. Il ne survit qu’à la preuve, à la traçabilité et à une instruction capable de neutraliser tout soupçon.
Or, de nouveaux éléments troublants se superposent. Pris isolément, chacun peut être relativisé. Pris ensemble, ils créent un risque majeur : celui d’un dossier qui devient politiquement et judiciairement ingérable.
1) Le fait brut : une nouvelle Loi sur les constructions entre en vigueur le 1er janvier 2026
Le Conseil d’État valaisan a fixé l’entrée en vigueur de la nouvelle Loi sur les constructions (LC) et de son ordonnance au 1er janvier 2026.
Or, l’incendie du bar Le Constellation éclate vers 1h30, heure reprise très tôt par les médias et confirmée par plusieurs sources de presse.
Résultat : environ 90 minutes séparent l’entrée en vigueur du nouveau cadre légal et le drame.
Personne ne prétend que cette loi a été adoptée « pour » Crans-Montana. Mais dans une affaire de cette ampleur, une telle synchronisation devient immédiatement un enjeu de confiance publique. Les familles et l’opinion ne demandent pas des coïncidences : elles demandent des garanties.
2) Le point juridique qui choque : la clause de non-responsabilité de l’autorité
La LC entrée en vigueur le 01.01.2026 contient, à son article 37, une phrase centrale :
« L’autorité compétente n’est pas responsable des dommages » causés par la violation des prescriptions par les maîtres de l’ouvrage et leurs représentants.
Soyons précis : il ne s’agit pas d’une immunité générale. D’autres bases de responsabilité publique existent, notamment en lien avec les devoirs de surveillance.
Mais le problème n’est pas seulement juridique.
Il est politique et symbolique.
Au moment même où se pose la question d’un possible laxisme des contrôles, le texte proclame noir sur blanc la non-responsabilité de l’autorité pour les dommages liés à des violations des prescriptions.
Dans un canton déjà secoué par des révélations faisant état d’inspections incendie qui auraient fait défaut pendant plusieurs années, l’optique est désastreuse.
3) Le point « explosion » : annoncé officiellement, puis effacé sans clarification
Le 1er janvier 2026, la communication officielle du canton mentionne explicitement :
« Une explosion suivie d’un violent incendie a ravagé le bar “Le Constellation”. »
Puis, très rapidement, le récit dominant ne retient plus qu’un incendie, attribué à des artifices d’intérieur et à des matériaux présents au plafond — sans aucune mise au point publique sur l’usage initial du terme « explosion ».
Nous ne disons pas qu’il y a eu une explosion criminelle.
Il existe des explications techniques plausibles : embrasement généralisé éclair, phénomène lié aux fumées, ou terme impropre utilisé dans l’urgence.
Mais dans un dossier de cette gravité, un mot aussi lourd ne peut ni être employé par inadvertance, ni disparaître sans explication officielle. Chaque glissement lexical non expliqué fabrique mécaniquement du soupçon.
4) Le problème de la preuve : quand l’archivage web ne suffit plus
Dans une affaire aussi sensible, l’archivage web ne peut pas faire office de preuve.
Les pages non versionnées, dynamiques ou mises à jour à URL constante ne garantissent aucune sécurité probatoire.
Ce qui est requis ici est simple et non négociable : des documents officiels horodatés, versionnés et référencés. Arrêtés d’entrée en vigueur, textes législatifs en PDF officiels, références RO/AGS stables.
Sans cela, le doute prospère — et il prospère toujours contre les institutions.
5) Pourquoi ces éléments rendent l’enquête explosive
Parce qu’ils s’inscrivent dans un contexte déjà extrêmement chargé :
-
des inspections incendie qui auraient cessé durant plusieurs années,
-
une controverse publique sur l’obligation de contrôler certains matériaux,
-
une émotion nationale et internationale considérable.
Dans ce cadre, le moindre angle mort devient une crise de confiance.
Et une crise de confiance devient, tôt ou tard, une crise judiciaire.
Ce que nous demandons maintenant : la transparence probatoire, pas la communication
-
La publication complète et structurée de la traçabilité légale : arrêtés d’entrée en vigueur, versions officielles de la LC, références stables et datées.
-
Une clarification publique et documentée de la mention « explosion » : son sens technique, son contexte d’usage initial, et les raisons de son abandon.
-
Le verrouillage de la preuve : toute question de conformité (matériaux, issues, normes) doit être expertisée de manière indépendante, traçable et contradictoire.
Conclusion
Crans-Montana ne supportera pas un dossier flou.
Ni moralement.
Ni politiquement.
Ni judiciairement.
Quand une loi entre en vigueur 90 minutes avant une catastrophe, qu’elle affirme explicitement la non-responsabilité de l’autorité pour certains dommages, et qu’un terme aussi grave que « explosion » apparaît dans une communication officielle avant de disparaître sans explication, le doute n’est pas une opinion : c’est une conséquence mécanique.
La confiance ne se décrète pas.
Elle se démontre — par des preuves datées, traçables et publiques.
🇨🇭Ce que les médias taisent, nous l’analysons. Ce que Berne négocie, nous le décortiquons. Rejoignez maintenant notre QG sur Telegram: https://t.me/souverainetesuisse