Quand les mêmes voix qui vivent de l’« ouverture » expliquent au peuple qu’il a peur de grandir, il faut commencer par vérifier qui parle — et pour qui. Sous couvert d’« antifragilité », Raymond Loretan recycle une rhétorique bien huilée : culpabiliser la démocratie directe, sanctuariser les transferts de souveraineté et faire passer toute résistance pour une pathologie nationale. Le propos se veut courageux. Il est surtout confortable. Derrière les mots à la mode et les références de think tank, une constante : expliquer aux citoyens que décider par eux-mêmes serait désormais un risque. C’est précisément cette inversion morale qu’il faut démonter, point par point.
Raymond Loretan, figure bien installée du microcosme institutionnel, signe dans Le Matin Dimanche une tribune qui se veut audacieuse, moderne, « antifragile ». En réalité, il recycle la rhétorique la plus classique de l’euro-intégrationnisme helvétique : culpabiliser la démocratie directe, sacraliser l’ouverture sans condition et disqualifier toute résistance comme une peur infantile du monde.
Derrière le vernis intellectuel, l’argumentaire est fragile, biaisé et profondément idéologique.
1. L’« antifragilité » : un mot savant pour éviter le débat de fond
Raymond Loretan invoque l’« antifragilité » pour affirmer que la Suisse aurait toujours prospéré grâce aux chocs extérieurs. Problème :
⮕ l’antifragilité n’implique pas l’acceptation aveugle des contraintes, mais la capacité à les filtrer, les maîtriser et les refuser lorsqu’elles deviennent systémiques.
Or que propose-t-il concrètement ?
- une dépendance accrue à l’UE,
- une dilution normative,
- un affaiblissement des mécanismes de décision souverains.
Ce n’est pas de l’antifragilité.
⮕ C’est de la vulnérabilité organisée, masquée par un vocabulaire à la mode, directement inspiré de la littérature managériale… et des think tanks.
L’ouvrage d’Avenir Suisse n’est pas une révélation : c’est un catéchisme néolibéral bien connu, financé par les mêmes milieux économiques qui bénéficient de la libre circulation sans garde-fous.
2. SSR : le chantage à la cohésion
Affirmer que critiquer ou réformer la SSR reviendrait à « saper la cohésion nationale » est un chantage intellectuel.
La cohésion suisse n’est pas née d’un monopole audiovisuel financé par une redevance obligatoire.
Elle repose sur :
- le fédéralisme réel,
- la responsabilité locale,
- le pluralisme,
- et la confiance dans le citoyen.
⮕ Défendre un service public réformé, proportionné et responsable, ce n’est pas vouloir le détruire.
C’est refuser qu’il se transforme en acteur idéologique subventionné, de plus en plus éloigné de sa mission d’équilibre.
Assimiler toute critique à une attaque contre l’unité nationale est indigne d’un débat démocratique sain.
3. Immigration : la caricature comme méthode
L’initiative dite « des 10 millions » est réduite à une nostalgie de cartes postales. C’est faux — et malhonnête.
Le débat réel porte sur :
- la capacité d’absorption du territoire,
- la pression sur les infrastructures,
- le logement,
- les salaires,
- la cohésion sociale.
⮕ Dire que toute limite est une peur du monde, c’est refuser le principe même de responsabilité politique.
Une immigration maîtrisée suppose des choix souverains, pas une fuite en avant dictée par les besoins immédiats de certains secteurs économiques.
4. Bilatérales III : la novlangue de la soumission
Qualifier les Bilatérales III d’« acte de souveraineté économique » relève de la novlangue orwellienne.
La souveraineté, ce n’est pas :
- reprendre automatiquement du droit étranger,
- accepter un mécanisme de règlement des différends asymétrique,
- réduire la démocratie directe à une variable d’ajustement.
⮕ L’accès au marché n’est pas une souveraineté.
⮕ La capacité de dire non, oui.
Présenter toute opposition comme une caricature « anti-européenne » évite soigneusement de répondre aux critiques juridiques et institutionnelles précises.
5. Le vrai refus de remise en question
Raymond Loretan conclut que le danger viendrait d’un « refus intérieur de se remettre en question ».
La réalité est exactement inverse.
⮕ Ceux qui refusent le débat sont ceux qui présentent chaque transfert de compétences comme inévitable.
⮕ Ceux qui disqualifient toute résistance comme archaïque sont ceux qui craignent le verdict populaire.
La Suisse n’est pas fragile.
Elle est lucide.
Conclusion — La Suisse n’est pas un laboratoire idéologique
La Suisse n’a jamais grandi en renonçant à ses mécanismes de décision.
Elle a grandi en sélectionnant ce qu’elle accepte, et surtout ce qu’elle refuse.
La maturité politique, ce n’est pas l’alignement automatique.
C’est la maîtrise du tempo, des règles et des limites.
Ce qui menace la Suisse aujourd’hui, ce n’est ni le monde, ni le chaos, ni le changement.
⮕ C’est la confiscation du débat par une élite qui se croit éclairée parce qu’elle siège dans tous les conseils d’administration.
La Suisse n’a pas peur de grandir.
Elle refuse simplement de disparaître sous couvert de modernité.
À force d’expliquer au peuple qu’il a peur de grandir, Raymond Loretan finit surtout par révéler ce qui l’angoisse vraiment : une Suisse adulte qui décide sans demander la permission aux conseils d’administration, aux think tanks… ni à Bruxelles.
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