Par Ludovic Malot, Président de Souveraineté Suisse
Vingt-trois ans après le traumatise de 2003, oĂą Genève avait subi de lourdes dĂ©prĂ©dations en marge du G8 d’Évian, le Conseil d’État genevois semble avoir choisi l’amnĂ©sie volontaire. En autorisant une manifestation anti-G7 le 14 juin prochain sur la rive droite, notre gouvernement cantonal ne fait pas preuve de tolĂ©rance, mais d’une irresponsabilitĂ© politique grave.
Pendant que les autoritĂ©s françaises bouclent hermĂ©tiquement tous les accès Ă la rĂ©gion d’Évian pour protĂ©ger leur territoire, Genève accepte de devenir la variable d’ajustement sĂ©curitaire d’un sommet dont la France refuse elle-mĂŞme d’assumer les consĂ©quences directes. Le scĂ©nario de la discorde est ainsi tracĂ© : notre citĂ© s’apprĂŞte Ă devenir le lieu de ralliement de l’extrĂŞme gauche radicale et de diverses mouvances extra-parlementaires, sans qu’aucune autoritĂ© ne puisse raisonnablement garantir l’absence de dĂ©bordements majeurs.
L’esquive et le dĂ©ni : le constat d’une carence politique
InvitĂ© Ă s’expliquer sur les ondes de la RTS dans l’émission Forum, le prĂ©sident du Conseil d’État, Thierry ApothĂ©loz, a offert un spectacle prĂ©occupant de dĂ©connexion institutionnelle. Face aux interrogations lĂ©gitimes, le magistrat a systĂ©matiquement prĂ©fĂ©rĂ© Ă©luder les questions de fond.
- L’absence de garanties financières : QuestionnĂ© sur l’obtention d’un engagement de remboursement par la France en cas de saccage, le prĂ©sident s’est contentĂ© d’Ă©voquer l’historique de 2003, rappelant que Paris avait alors pris en charge une partie des dĂ©gâts. La rĂ©alitĂ© juridique est donc sans appel : aujourd’hui, il n’existe aucune garantie. Preuve en est le projet de loi de soutien de 6 millions de francs soumis en urgence par le Conseil d’État lui-mĂŞme. Ce sont les contribuables genevois que l’on s’apprĂŞte Ă faire cotiser pour pallier l’absence d’engagements extĂ©rieurs.
- Le mĂ©pris du dĂ©bat parlementaire : Le pouvoir exĂ©cutif semble en outre faire fi du calendrier du Grand Conseil. Alors qu’une session extraordinaire est convoquĂ©e le 28 mai pour dĂ©battre d’une loi d’urgence visant Ă interdire cette manifestation, le Conseil d’État devance le parlement par un fait accompli, fragilisant le principe de la sĂ©paration des pouvoirs.
L’instrumentalisation de la police et la dilution des responsabilitĂ©s
Plus troublant encore, Thierry Apothéloz a cherché à justifier cette autorisation en invoquant constamment « l’expertise de la police genevoise ». Or, une telle décision ne relève pas d’un arbitrage technique, mais d’une responsabilité éminemment politique relevant du principe élémentaire de précaution publique. La police peut évaluer un risque, préparer un dispositif ou formuler des recommandations opérationnelles ; elle ne porte ni la légitimité démocratique, ni la responsabilité des conséquences publiques d’une telle autorisation.
Ce glissement rhétorique est particulièrement préoccupant. En s’abritant derrière l’avis des forces de l’ordre, le Conseil d’État semble déjà préparer un mécanisme de dilution des responsabilités en cas de dommages majeurs. Les autorités politiques décident ; la police exécute. Confondre ces rôles fragilise dangereusement le fonctionnement de nos institutions.
La contradiction devient d’ailleurs flagrante lorsque le président du Conseil d’État appelle publiquement à « sortir de l’idéologie », tout en expliquant dans le même élan qu’il convient de prendre « la décision la plus juste possible ». Cette formulation révèle précisément la nature du problème : la notion de « justesse » invoquée ici ne repose manifestement pas sur le principe de précaution sécuritaire, mais sur une logique d’équilibre politique et de validation symbolique de la manifestation elle-même, traduisant une forme préoccupante de complaisance institutionnelle.
En affirmant que la police aurait été « convaincante » en faveur d’un défilé sur la rive droite, Thierry Apothéloz expose indirectement les forces de l’ordre à devenir les futurs boucs émissaires d’une décision qui appartient pourtant exclusivement au pouvoir politique. Pourtant, la commandante de la police genevoise, Monica Bonfanti, a elle-même publiquement averti des risques « inédits » associés au sommet et aux précédents des contre-manifestations du G8. Le Conseil d’État ne pourra donc en aucun cas prétendre qu’il ignorait le niveau de menace potentiel qui pèse sur Genève et sur la Suisse.
Quand l’idĂ©ologie l’emporte sur l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral
Cette dĂ©cision hors-sol s’inscrit dans un contexte de dĂ©gradation globale de la qualitĂ© de vie Ă Genève. Entre l’insĂ©curitĂ© latente, la dĂ©gradation de la propretĂ© urbaine, la prolifĂ©ration de commerces monoculturels et les contraintes rĂ©glementaires liĂ©es aux accords de Schengen qui limitent la maĂ®trise de nos frontières, la cohĂ©sion urbaine est dĂ©jĂ fragilisĂ©e. Au lieu de sanctuariser la citĂ©, le gouvernement choisit d’y importer de nouvelles tensions.
Au cĹ“ur de cette gouvernance, l’action de la conseillère d’État en charge de la SĂ©curitĂ©, Carole-Anne Kast, interroge.
Une nouvelle fois, les postures idĂ©ologiques semblent primer sur le principe Ă©lĂ©mentaire de prĂ©caution sĂ©curitaire. Qu’il s’agisse de combats passĂ©s pour contester l’interdiction du burkini dans les piscines publiques ou, aujourd’hui, de la validation d’un dĂ©filĂ© Ă haut risque sous la pression politique de la « Coalition Unitaire No-G7 », la doctrine reste la mĂŞme : cĂ©der aux exigences sectorielles au dĂ©triment de l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral et de la neutralitĂ© de l’espace public.
Dire que le dispositif policier sera « d’une ampleur inĂ©dite » n’a rien de rassurant : c’est l’aveu mĂŞme de la menace que les autoritĂ©s reconnaissent elles-mĂŞmes, tout en choisissant d’y exposer les habitants et les commerçants.
L’appel Ă la raison de SouverainetĂ© Suisse
Face à cette provocation institutionnelle, Souveraineté Suisse appelle urgemment le Conseil d’État à la raison. Le pragmatisme commande de revenir sur cette autorisation.
Qu’elle se déroule sur la rive droite ou dans tout autre espace urbain, cette manifestation menace directement la sécurité des Genevois, la viabilité économique de commerces de proximité déjà fragilisés, ainsi que l’image internationale et touristique de notre canton.
Souveraineté Suisse communiquera massivement à travers tous ses canaux pour exiger des comptes et informer la population. Les citoyens et les contribuables n’ont pas à assumer le coût, ni financier ni moral, des risques de violences liés à la présence annoncée de groupes radicaux.
Gouverner, ce n’est pas organiser l’imprévisible puis invoquer la fatalité lorsqu’il survient. Si des débordements majeurs devaient se produire le 14 juin, les autorités ayant validé cette décision devront en assumer sans ambiguïté l’entière responsabilité politique.
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